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Mondanités et nullités


Destination fin du monde

Robert Silverberg

Le passager clandestin (Dyschroniques)


Quand la fin du monde devient une attraction touristique pour privilégiés, le petit jeu de la fatuité mondaine ne fait qu'un tour. A qui sera le premier à tenter l'expérience, à qui relatera le mieux ce fragment de fin des temps, à qui aura la meilleure version de la pré-annihilation de toute création, le prestige social et égoïste ainsi glané ne pourra que mousser dans un bref moment aussi dérisoire qu'illusoire.


Ce qui frappe le plus, c'est que nos protagonistes, que l'on imagine éduqués (genre CSP+) restent peu enclin à saisir la portée philosophique vertigineuse du moment offert par l'expérience et encore plus aveugle aux prémices de cette apocalypse. Ne reste de leur aventure que le récit qu'ils peuvent en tirer pour titiller les ego et susceptibilités de leurs comparses lors d'activités salonnardes sommes-toutes riches en nullité humaine.


Robert Silverberg campe là une farce d'une humanité plus intéressée à se soumettre au pouvoir de la nouveauté et du gadget que de réfléchir au sens de la vie, de prêter attention aux innombrables signes de l'effondrement en cours par leur fait.


Un récit d'une grande actualité que je trouve amusant à poster sur un réseau dont les stars sont les spécialistes du bout du monde fantasmé non pour la valeur du voyage mais pour son instagramabilité.


Très courte nouvelle coup de poing d'à peine une trentaine de pages qui sied fabuleusement à cette collection décidément sacrément chouette pour s'initier à la science-fiction dans toute sa portée sociale. Si vous connaissez des curieux frileux envers ce genre, lancez-les sur les Dyschroniques, de 20 minutes à 1h30 de lecture, ils auront de quoi se faire les dents et, très souvent, être conquis par la richesse de ces textes.

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