• Un_Riou

Rouge passion, rouge fiction


J'ai épousé un communiste

Philip Roth

Editions Gallimard (collection folio)


Philip Roth a un sens particulier du concept "d'histoire". Dans sa construction, sa narration, ou de son utilisation de la grande et de la petite entremêlées, ses descriptions de vies ordinaires bringuebalées par les tourments d'époques extraordinaires, ou l'inverse, on retrouve toujours dans ses récits une certaine urgence inéluctable, fatalement injuste et sauvagement déterministe. L'ensemble est presque défaitiste quant à la vie, cette saloperie qui doit être subie vous promettant le bonheur pour mieux vous le claquer au museau. Loin de s'effondrer dans l'apitoiement ses personnages se débattent, brûlent intensément le plus souvent, puis explosent sans tirer ne serait-ce qu'une larme à l'auditoire tant la conclusion est logique, toute fin heureuse serait déplacée et hautement fictionnelle.


Dans l'Amérique du Maccarthysme, les destins brisés ne manquent guère, les postures d'apparats et rôles négligemment endossés s'avèrent aussi dévorants que destructeurs et leurs implications souvent sous-estimées jusqu'au couperet fatal. "J'ai épousé un communiste" brosse ce portrait d'une époque électrisée, tiraillée en bipolarité et exécutrice de la raison gardée, sans faire des gauchistes des martyrs, mais simplement des rêveurs avec quelques incapacités à mesurer les choses. Plus important que tout, le récit de Roth est un cours de militantisme politique, une définition de celui qui vit le sacerdoce de la cause (le plus royaliste que le roi) contre le sympathisant enthousiaste, une véritable histoire en pureté morale aussi intenable qu'indésirable. La vie n'est pas franche elle n'est que nuance, être et jouer sont deux choses différentes et la cohérence est une valeur aussi étrangère à l'âme humaine que la bicyclette l'est au poisson.


L'homme est bel et bien à l'image de la vie. Imparfait.


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